Le moment de la mort
Dans le Riuju joshin-sho (« Sur la pensée correcte au moment de mourir »), le 26è grand patriarche, Nichikan Shonin (1665-1726), explique comment se préparer à une fin paisible. Il existe 3 causes aux souffrances qui se manifestent au moment de la mort, entravant la séparation du monde présent et provoquant angoisse et peur : la rupture des plexus vitaux, l’attachement à la famille et aux biens matériels, l’influence de la force démoniaque de la vie.
Les souffrances liées à la rupture des plexus vitaux (les points qui lient les 4 éléments et les 5 agrégats) apparaissent avant l’arrêt de la respiration, alors que les 5 sens sont encore opérationnels.
Pour surmonter ses souffrances, le grand Patriarche donne les conseils suivants : « soyez attentifs à ne tromper personne ; ne soyez pas cause de souffrance pour autrui ; soyez toujours prêts à la mort… Récitez daïmoku avec assiduité. »
Par ce qu’elle est mentale par nature, la souffrance provoquée par l’attachement à la famille et aux biens persiste après l’arrêt de la respiration jusqu’au moment où la force vitale quitte le corps. A ce propos, Nichikan Shonin rappelle que tous les phénomènes de l’univers sont éphémères : « Le lien entre parents et enfants est par nature éphémère… Le karma détermine toute chose. La relation entre une mère et son enfant peut être comparé à la traversée d’un fleuve sur un bac. La séparation advient quand la rive opposée est atteinte... »
Par rapport aux biens matériels, Nichikan Shonin conseille d’écrire un testament et de vivre de telle manière qu’aucune pensée ne vienne nous perturber au moment de la dissociation des 4 éléments et des 5 agrégats.
Juste avant le départ de la force vitale vers le monde de l’existence intermédiaire, toute les entraves et les illusions se manifestent sur le chemin de la bouddhéité. Pour faire face à l’irruption de ces influences bouleversantes (qui peuvent avoir un aspect agréable), Nichikan Shonin enseigne que l’on ne devrait ni se réjouir ni avoir peur, mais uniquement réciter le nom de la Loi mystique .
A ce stade, la personne perd la conscience des 5 sens. Elle est plongée dans un coma profond, la perception physique de la douleur est déjà dépassée. Cependant, jusqu’au moment de la mort elle-même, la force vitale rend toujours apte à faire l’expérience de l’anxiété et de la peur, ou du calme et de la satisfaction.
3ème Civ’ n°346 mars 1991